Quand j’étais petite, je croyais que pour le ski nautique, il fallait des lacs en pente. A la mer, je buvais allégrement la tasse en rêvant avoir trouvé la source de jouvence. Après tout, le sel conserve la viande. Les médecins devraient y penser dans les hospices. Et puis j’étais convaincue qu’en laissant fondre les flocons de neige sur ma langue, j’allais avoir accès aux souvenirs des montagnes, des arbres, des pierres, des groseilles, des biches, des autres êtres humains, bref de l’existence toute entière.
Mais non. Vous avez dû remarquer. C’est l’été, il fait chaud, on se bourre de glace à la vanille, on se baigne dans n’importe quelle flaque… et on n’est ni plus jeune, ni plus malin. Il semblerait que le but soit juste d’être mouillé. C’est une très bonne idée. Très saine. Car le corps est composé à 80 % d’eau, donc en hiver il congèle de l’intérieur, c’est évident, les artères se bouchent et nos veines ressemblent à des Mister Freeze. Du coup, en été, avec 60 millions de personnes qui fondent, plof, la France se retrouve avec plus de deux cent lacs, huit cent fleuves, rivières et autres ruisseaux, 5 500 km de littoral et près de soixante dix îles. Mais attention, il a beau faire chaud, ne transpirez pas trop ! N’allez pas vous déshydrater ! Comme vous le savez, l’eau mémorise la trace du passage de la lumière : en suant, vous pourriez bien devenir amnésique. Ou aveugle.
En tout cas, moi j’adore nager. Et pas seulement parce que je m’appelle Marine. Non, aussi et surtout parce qu’à deux mètres sous l’eau, en apnée, il est impossible de pleurer. Pourtant, le chlore, ça pique les yeux. Il y a bien la solution lunettes de plongée, mais ça donne quand même l’air un peu con. En plus, ça fait ventouse, en les retirant j’ai toujours l’impression que mes deux yeux vont partir avec.
Mais c’est à la natation que je dois la seule minute de gloire de ma vie.